À l’école, Olivier était doué pour les mathématiques et le dessin, et s’oriente dans un premier temps vers les Travaux Publics. Il choisit cette filière pour dessiner des ouvrages d’art et obtient le diplôme d’ingénieur à l’Ecole Spéciale des Travaux Publics. Mais la passion de l’architecture est trop forte et il obtient alors ses diplômes d’architecte tout d’abord à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris la Villette puis à la Graduate School of Design de l’Université de Harvard aux Etats-Unis.

Par la suite, Olivier Herbez parfait ses études à l’Université de la Sorbonne, et obtient un diplôme de Master en Sciences Cognitives en 2002. Il intègre alors, au Collège de France, le laboratoire du Professeur Alain Berthoz, neurophysiologiste dont les recherches portent sur le contrôle multisensoriel du regard, de l’équilibre, de la locomotion et de la mémoire spatiale. Durant ces quelques années, il travaille au CNRS, côtoie de nombreux scientifiques et publie plusieurs articles sur le fonctionnement du cerveau lors de l’observation d’œuvres d’art. Il travaille en particulier sur des œuvres non figuratives de Fernand Léger. Il met en évidence des parcours oculaires similaires à la lecture, lors de l’observation de formes abstraites, et c’est à cette époque que naît son désir d’utiliser le regard comme moyen d’expression et de dessin.

On joue toujours avec la lumière pour concevoir un bâtiment : pour s’en protéger, ou pour faire rentrer la lumière, pour jouer avec la lumière sur les façades, sur les vitrages... C’est un peu infini. Oui, c’est un champ d’exploration infini.

En 2023, Olivier Herbez élargit sa réflexion sur la ville en participant, à l’Institut d’Etudes Avancées de Paris, au Thinktank intitulé « Brain and City Design » qui ouvre un dialogue privilégié entre les neurosciences et les sciences sociales et humaines. Une attention particulière est accordée à l’impact possible de la recherche sur les interactions société-corps-esprit-cerveau, ainsi que sur les défis sociétaux majeurs, tels que la santé physique et mentale, la bio-ingénierie, l’éducation et l’apprentissage, les conflits et la violence de groupe, ou encore l’adaptation aux changements naturels, industriels et environnementaux. L’objectif de ce programme est de permettre aux sciences humaines et sociales (dont l’architecture), ainsi qu’aux sciences du cerveau, de renouveler leurs approches des objets classiques et d’investir de nouveaux domaines de recherche, avec des projets audacieux et innovants.

Très attaché au bien-être de l’utilisateur de ses projets, Olivier Herbez s’intéresse à la manière de ressentir l’espace : dans la ville et ses rues, dans les espaces individuels ou personnels, mais aussi dans les espaces de travail, les espaces culturels ou les lieux de santé. Ainsi, ces dernières années, l’agence s’est spécialisée dans des opérations d’une certaine envergure, impliquant notamment des programmes liés à la santé, tels que la requalification du quartier de l’Hôpital de Saint-Germain-en-Laye, ou encore du quartier de Saint-Faron à Meaux. Au sein de ces projets se mêlent soignants, patients, habitants, dans un lieu inclusif, durable et verdoyant.

Les transformations de notre société ayant modifié nos rapports aux soins, l’agence propose des solutions innovantes pour l’hôpital de demain, en transformant ces quartiers hospitaliers en lieu de vie ouvert sur la ville. Les fonctions y sont distillées dans différents bâtiments, connectés entre eux par des rues, des places et des parcs qui viennent dans le même temps valoriser l’espace public.

La nature est réintroduite en ville par la création d’espaces verts et l’utilisation de matériaux nobles tels que la pierre et le verre. L’utilisation de matériaux vertueux permet de conserver l’image de l’architecture hospitalière des premiers hospices et d’améliorer la qualité des espaces bâtis et paysagers. En s’inspirant des codes architecturaux classiques et en les associant à des préoccupations contemporaines, l’agence allie, là encore, tradition et innovation. Elle a fréquemment recours à la pierre de taille, qui en plus d’être autoporteuse, confère solidité, élégance et durabilité à un bâtiment, tout en s’harmonisant avec l’architecture traditionnelle. De plus, la pierre nécessite peu d’entretien et résiste bien aux intempéries, garantissant ainsi la pérennité du bâtiment. L’agence privilégie des techniques de construction respectueuses de l’environnement, intégrant des solutions durables afin de réduire l’impact écologique des bâtiments, tout en assurant le confort des habitants à long terme.

50 ans d'agence / 50 projets d'architecture

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Au-delà du croquis

Qu’est-ce qu’un croquis d’architecture ?

Il est commun de penser que les architectes dessinent leurs projets à partir d’un croquis fondateur, qu’ils imaginent les bâtiments instantanément en griffonnant sur un bout de papier quelques lignes les déterminant définitivement. En réalité, il semble difficile de résumer un projet à une sorte d’instantané précurseur isolé de toute autre recherche.

L’architecte n’est pas un magicien et ne détient pas l’image finale de l’objet architectural dès la genèse du projet. C’est le croquis, dessiné par sa main et son esprit, qui peu à peu, grâce à son hyper-récurrence dans le processus de conception, va forger les lignes de force du bâtiment, de son volume général jusqu’aux moindres détails.

En rassemblant une foule de croquis pluriels et bavards, cet ouvrage partage l’expérience de l’Atelier Herbez Architectes pour laquelle la pratique du dessin est une valeur forte, envisagée à la fois comme la base du travail de conception et comme un champ d’expérimentation insufflant la créativité. Aller au-delà du croquis c’est en explorer les mécanismes et en chercher les limites. Croquis à main levée, croquis informatiques et croquis du regard se mêlent ici pour révéler les ressorts du médium graphique qui trouve aujourd’hui, à l’ère du numérique, de nouvelles formes d’expression.

Paru le 10 septembre 2020
Maison d'éditions : Archibooks

Le clair-obscur

« Lorsque j'ai commencé la peinture, on m’appris d’abord à construire un décor. Il n’était jamais question de faire un beau décor. Il s'agissait en fait de jouer avec la lumière. De jouer avec la lumière et avec son ombre. De créer des contrastes. De bons contrastes. De mettre en scène des clairs-obscurs.
Nous passions donc un temps fou à mettre en scène des jeux entre le clair et l'obscur. J'insiste sur ce point, dans la mesure où c’est bel et bien cette opposition de tonalité entre l’ombre et la lumière qui créait la profondeur dans nos tableaux. »


–Extrait de thèse de fin d’études, Le Clair-Obscur, Olivier Herbez.

« Il existe une double réalité de la perception : celle que l’on reçoit grâce aux rayons lumineux, et celle que l’on conçoit grâce à notre esprit. Perception et conception, deux notions que l’on retrouve encore juxtaposées, et où la frontière qui délimite ces deux entités est plus floue que jamais ».


–Extrait de thèse de fin d’études, Le Clair-Obscur, Olivier Herbez.

Réel sujet d’interrogation pour Olivier Herbez, la notion de clair-obscur synthétise l’ensemble de ses recherches depuis ses études au Collège de France.

Plus tard, en 2017, la maison d’éditions Archibooks publiait une sorte d’abécédaire : Les 101 mots de la lumière dans l’architecture, et interrogeait Olivier Herbez sur ce terme du clair-obscur.

« La lumière dessine l’architecture : elle souligne une arête, dévoile un creux, sculpte un volume. Elle génère des formes prégnantes qui se distinguent par leur contour et le contraste radical entre ombre et lumière. Ces formes sont saisies instantanément ; elles marquent le paysage, la ville et l’esprit. »

- Extrait de la publication Les 101 mots de la lumière dans l’architecture,
Le Clair-Obscur, Atelier Herbez Architectes

Lors de ses recherches, Olivier Herbez se nourrit des écrits de Merleau-Ponty sur la perception de l’espace: “percevoir, c’est engager d’un seul coup tout un avenir d’expériences dans un présent qui ne le garantit jamais à la rigueur, c’est croire à un monde”. La perception de l’espace fonctionne comme un mécanisme de projection et d’anticipation dans lequel le cerveau fait des allers et retours pour comprendre le monde. L’urbaniste Paul Virilio parle d’espace “entre”, espace imaginaire entre la position de l’observateur et les objets qui l’entourent.

En parallèle de la pratique du métier d’architecte, Olivier Herbez fonde en 2008 la Fabrique Vision & Architecture afin de poursuivre ses recherches sur le dessin. L’agence développe ainsi différentes formes de représentations de l’espace à travers l’utilisation de techniques innovantes.

Olivier Herbez collabore à cette époque avec l’artiste plasticien Michel Paysant. Il participe alors à de nombreuses expositions au milieu des années 2010 dans le cadre de l’Eye Drawing Studio, un atelier expérimental dont l’appellation générique a ensuite été donnée par l’artiste, à la cellule de recherche qu’il a créée pour les différentes expérimentations utilisant la technique de l’eyetracking. Cette dernière consiste à dessiner, peindre, sculpter, créer des architectures, ou encore composer et interpréter de la musique avec le mouvement des yeux.

On ne juge pas la qualité d’un croquis. L’important est dans l’acte de dessiner, car chaque croquis, qu’il soit réalisé à la main ou à l’ordinateur, fait avancer le projet architectural.

En 2017, Olivier Herbez organise une exposition intitulée « les Nouvelles Formes du Croquis », dans laquelle il expose ses propres croquis. Dans sa pratique d’architecte, il accorde une place fondamentale au dessin et prône la réalisation d’au moins un croquis par jour. Cet exercice permet de conserver l’empreinte de ses réflexions et devient un fil conducteur de sa pratique de l’architecture : le dessin est au cœur du projet.

Le croquis numérique

Il est une réduction subjective exprimant la sensibilité propre de l’auteur, tout autant que le croquis à main levée. Dessin à part entière n’ayant pu exister sans les outils de conception 3D, le croquis numérique fabrique une nouvelle représentation du projet qui alimente la création architecturale depuis ses prémices.

Le croquis à la main

A la fois dessin sensible et expression spontanée, le croquis à main levée symbolise une liberté de conception absolue.

Le croquis du regard

Un « eye tracker », sorte de micro-capteur, enregistre et modélise les mouvements des yeux lors de l’observation ou l’imagination d’un projet. Le dessin vectoriel qui en résulte révèle un parcours de l’œil chaotique composé de points de fixation reliés les uns aux autres par une multitude de saccades. Forts de cette nouvelle représentation graphique, le créateur comme l’observateur ont alors la possibilité de déterminer quels éléments attirent l’œil, dans quel ordre, à quelle fréquence et même de deviner le cheminement de la pensée. « Les croquis du regard sont intéressants car ils n’ont pas la fluidité d’un croquis à la main, ils ont une ligne très particulière, combinant saccades et fixations, qui raconte la façon dont chacun voit le monde », précise Olivier Herbez, sous-entendant que chaque regard est différent et que les lignes oculaires, en émanant, sont propres à chacun. Réalisé à chaque temps fort du projet, à l’esquisse, à la livraison, le croquis du regard s’attache à dessiner l’invisible.